Accueil » En Bret’selle #1 avec Vendée U, formateur de jeunes talents du cyclisme

Depuis ce jeudi, le Tour Alsace fait corps avec les cols et la deuxième étape en a été la preuve vivante. Trois cols répertoriés au programme et un profil plutôt orienté pour les grimpeurs qui a permis de faire une première sélection, aussi bien parmi le peloton que parmi les favoris pour le classement général. À cette occasion, les Reporters ont suivi la formation de Vendée U, équipe qui forme des coureurs pour le Team TotalÉnergies, composée aussi bien de jeunes espoirs que de coureurs un peu plus confirmés et qui vont signer professionnels. Immersion.

VENDÉE U, C’EST QUOI ?

Il s’agit de l’équipe de formation du Team TotalÉnergies, créée en 1991 par Jean-René Bernaudeau, manager général de l’équipe fanion. À l’origine, cette équipe est née sous l’appellation de Vendée La Roche Cyclisme, donc basée à La Roche sur Yon. C’est en 2000 que tout bascule puisque Bernaudeau décide de créer Bonjour, équipe professionnelle qui est l’ancêtre du Team TotalÉnergies. Dès lors, Vendée U est devenu la réserve et La Roche sur Yon un club à part entière. D’emblée, des coureurs comme Thomas Voeckler, maillot jaune sur le Tour de France 2011, ou encore Sylvain Chavanel, vainqueur d’étape sur la Grande Boucle, sont passés par cette filière de formation.
Outre sa réputation, cette équipe évolue en National 1 (N1) avec les meilleurs clubs de France comme le CC Étupes ou le SCO Dijon. Pouvoir courir sur des courses d’un tel calibre permet aux jeunes coureurs de se former et d’accumuler de l’expérience pour l’avenir. À l’image de Thomas Bonnet et Émilien Jeannière, qui ont signé pro pour 2023, Vendée U est un tremplin vers le professionnalisme et la formation de Jean-René Bernaudeau, historique et reconnue dans le peloton. Récemment, des coureurs comme Bryan Coquard ou Lilian Calmejane y ont été formés, avec la carrière qu’on leur connaît par la suite.

UNE ÉTAPE RICHE EN ENSEIGNEMENTS POUR LES VENDÉENS

Le profil accidenté de cette journée n’est pas forcément le plus propice pour les coureurs de Vendée U, même si des éléments comme Thomas Bonnet ou Brieuc Rolland peuvent tirer leur épingle du jeu. Du côté d’Hervé Arcade, directeur sportif présent sur la course, la stratégie est simple : prendre l’échappée et protéger les autres coureurs dans le peloton. Baptiste Vadic et Thomas Bonnet sont ainsi les cartes sur lesquelles Hervé mise pour aller à l’avant. Directeur sportif depuis janvier au sein de Vendée U, il était auparavant CTS (Conseiller Technique Sportif) en Polynésie Française de décembre 2020 jusqu’à janvier 2022, et encore avant avec la même fonction à Tahiti. Martiniquais d’origine, il a notamment été coureur au Vendée U à l’âge de 25 ans et est arrivé sept ans plus tôt en Métropole. Après avoir déjà été directeur sportif dans cette même équipe de 2007 à 2011, il est revenu au bercail et ne le regrette pas.

D’emblée, Baptiste Vadic prend les devants et tente de s’extirper du peloton dans la première partie d’étape sur le plat, à l’aube des cols. Aucune échappée ne parvient à se détacher avant le début du Col de la Charbonnière, Baptiste Vadic et Thomas Bonnet représentent le Vendée U au sein de ce groupe. En plein apprentissage, Vadic paye ses nombreux efforts physiques et est distancé de l’échappée, puis du peloton. Il l’avouera lui-même, « c’était une des pires journées de ma vie sur un vélo ». Courageux jusqu’au bout, il est parvenu à rallier l’arrivée dans les délais, non sans mal, mais avec une ténacité sans failles. « Ça fait partie de l’apprentissage », souligne-t-il après une journée compliquée. Vendée U possède tout de même un représentant dans l’échappée qu’est Thomas Bonnet. Il s’accroche dans la deuxième ascension et bascule avec le groupe de tête, et ce, malgré une contre-attaque qui revient sur eux derrière. Au pied du Mont Sainte-Odile, Thomas est victime d’un début de crampes et est contraint de laisser du terrain aux hommes de tête. Il reprend de l’énergie par intermittence et parvient à rattraper quelques coureurs dans la descente de la Tour du Champ du Feu, notamment Romain Grégoire. Ils sont trois à accompagner Thomas Bonnet sur la fin d’étape sur le plat, trois coureurs usés physiquement qui se relaient pour ne pas perdre trop de temps.

À l’arrivée, le puncheur de Vendée U termine 45e à 8 minutes 18 du vainqueur Roland Thalmann. L’équipe ne joue pas le classement général, mais plutôt les étapes et surtout l’apprentissage par la course et les événements. « J’avais envie de me faire plaisir et d’être dans l’échappée du jour afin d’avoir un petit coup d’avance et pourquoi pas basculer dans le dernier col avec le peloton. Il s’en est fallu de peu car au pied du troisième col, je commence à cramper », explique Thomas. Selon les dires de son directeur Hervé Arcade, « Thomas est un peu la force tranquille. Quand il annonce qu’il est bien, on peut lui faire confiance. Maintenant, ce n’est pas le garçon qui sera démonstratif, il est très calme. » Thomas Bonnet sera sans nul doute un des artisans de l’étape de samedi entre Kembs et Altkirch, un profil qui lui correspondra pour le mieux, lui qui se dit « puncheur avec une petite pointe de vitesse ». Du côté du directeur sportif, le bilan est plutôt bon. « Pour moi, c’était une journée correcte, les garçons ont tenté de respecter les consignes. C’est vrai qu’on a eu deux coureurs en échappée (Thomas Bonnet et Baptiste Vadic), deux qui étaient cités pour y aller. », confie-t-il. L’objectif pour l’étape de vendredi ? Protéger Brieuc Rolland pour qu’il fasse la meilleure ascension possible, tout en discrétion, mais avec force. En tous les cas, Vendée U permet à ses coureurs d’accumuler de l’expérience et ce type de courses y contribue fortement, tout en optimisant les résultats qui seront sans nul doute au rendez-vous.

LE DÉBRIEF DE L’ÉTAPE

En ce jeudi midi, les coureurs avaient rendez-vous avec la deuxième étape du Tour Alsace dans un lieu atypique qu’est le parc de loisirs Europa-Park, à Rust, en Allemagne. Après un départ fictif houleux, marqué par une chute et des problèmes mécaniques, le départ réel a été donné de manière arrêtée pour désormais accomplir 160 km. La première heure parmi les plaines allemandes et françaises a vu les coureurs parcourir près de 47 kilomètres, compliquant ainsi toute tentative de fausser compagnie à un peloton très tendu. La chute du champion de Suisse, Robin Froidevaux (Tudor Pro Cycling), illustre bien cette tension, puisqu’il a été contraint à l’abandon. Baptiste Vadic (Vendée-U) et Rémi Lelandais (Cross Team Legendre) ont bien cru y parvenir, avec près de 25 secondes d’écart, mais ils ont très rapidement été rattrapés. En effet, trop d’équipes avaient l’envie de placer un coureur à l’avant, afin de prendre de l’avance dans une des étapes clés de ce Tour Alsace avec ses trois ascensions répertoriées au classement de la montagne. 
Il a fallu attendre le pied du Col de la Charbonnière pour voir un gros groupe d’une vingtaine de coureurs se détacher avec parmi eux d’excellents grimpeurs comme Lennert Van Eetvelt (Lotto-Soudal U23) ou encore Roland Thalmann (Team Vorarlberg). Ce dernier a d’ailleurs pris la poudre d’escampette en compagnie d’IvanMoreno Sanchez, sociétaire de l’équipe Kern-Pharma. Pendant que le groupe de tête se décompose petit à petit derrière, Reuben Thompson (Groupama FDJ Conti) profite de l’apathie du peloton pour faire la jonction avec le groupe de tête durant la dernière ascension du jour. Au sommet du Mont Sainte Odile se trouve alors un groupe de cinq fuyards. Sont alors rejoints son coéquipier Finlay Pickering, Lennert Van Eetvelt, Thomas Gloag (Trinity Racing) et Roland Thalmann.

Dans les rues de Scherwiller, un final technique était proposé aux coureurs avec un gauche-droite 150 mètres avant la ligne d’arrivée ainsi que des pavés de ville piégeux. À ce petit jeu-là, c’est l’expérimenté coureur suisse de 28 ans qui a su tirer son épingle du jeu pour s’imposer devant Van Eetvelt d’un boyau et s’emparer du maillot de leader. “J’ai lancé à 300 m de la ligne et j’ai réussi à faire un petit écart suffisant pour m’imposer sur la ligne. C’était un peu de chance et aussi le bon moment. Parfois, tu as besoin de chance”, confie-t-il avec lucidité.
Avec près de 1’20” sur le peloton comptant dans ses rangs Leo Hayter (Hagens Berman Axeon), Clément Braz Afonso (Philippe Wagner Cycling) ou encore Nicolas Debeaumarché (Saint Michel-Auber 93), meilleur français de l’épreuve (12ᵉ au général), les cinq fuyards ont pris de l’avance avant d’escalader la Super Planche des Belles Filles ce vendredi. Dans tous les cas, le Team Vorarlberg s’apprête à défendre le maillot Carré jaune de Thalmann qui devra, selon ses dires, “avoir de bonnes jambes dans une montée dans laquelle il se sent confiant” afin de résister aux assauts des différentes formations qui voudront forcément lui ôter le précieux sésame, dans le département de la Haute-Saône.

Crédits photos : Pavel Clauzard, Emile Pawlik et Arnaud Fischer

Pavel Clauzard & Emile Pawlik

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