Accueil » Les révélations de la saison E5 : Pau, Dunkerque et Avranches (National)

Dernier épisode des révélations de la saison avec le National, un championnat méconnu à la limite entre monde professionnel et amateur. La sous-médiatisation de ce championnat fait périr bien des équipes restant trop longtemps bloquées à ce stade. Si la création d’une Ligue 3 professionnelle avait été évoquée en 2018, cette hypothèse a été finalement reportée. Les clubs de National possèdent des déplacements similaires à ceux des clubs de Ligue 2 sans pour autant bénéficier du statut de professionnel (sauf les relégués de Ligue 2 la première année) et des droits TV associés. Pourtant, en dépit de ses soucis financiers, le National contribué à façonner bien des talents à l’image de Franck Ribéry (Boulogne-sur-Mer, Alès puis Brest) ou Mathieu Valbuena (Libourne, il y a une bonne dizaine d’années). N’Golo Kanté en est aussi sorti il n’y a pas si longtemps, preuve que ce championnat est formateur. Cette année, il était encore composé de clubs rompus au monde professionnel (Créteil, Red Star, Laval, Bourg-en-Bresse, Boulogne-sur-Mer, GFC Ajaccio…). Pourtant, si l’on regarde le classement au moment de l’interruption du championnat, aucune de ces équipes n’avait réellement pris le dessus. C’est bien la preuve qu’il est difficile de se sortir de ce championnat rugueux et qu’il ne faut pas se fier au palmarès des clubs. Cette année, ce sont presque entièrement que des petits budgets qui se sont mis à truster les premières places à la surprise générale, découvrez-en trois d’entre eux.

Pau : la jeunesse, clé du succès

2 (France 3 Nouvelle Aquitaine)

Après avoir enfin permis à la pépite luxembourgeoise Vincent Thill de s’exprimer l’année dernière (prêté par Metz, 12 buts en 28 matchs), Pau a effectué une saison 2019-2020 de toute beauté. Outre une première place au moment de l’interruption du championnat, qui lui offre une montée historique en Ligue 2, le club s’est octroyé le luxe de réaliser un parcours tout aussi bluffant en Coupe de France. En éliminant le prestigieux voisin bordelais en 1/16 de Coupe de France au terme d’un match d’anthologie (3-2 a. p.), Pau a montré qu’il n’était pas là pour faire de la figuration. Et son élimination au tour suivant contre le Paris Saint-Germain (0-2) a tout d’une performance plus qu’honorable.
Le club a donc vécu une saison d’anthologie que même l’arrêt du championnat ne pourra faire oublier. Cette réussite est surtout l’œuvre d’un homme : Bruno Irles. Avec son adjoint croate Dado Prso (ils ont déjà joué ensemble à Monaco), le jeune technicien charentais (44 ans) qui a déjà connu les joies de la Ligue de Champions (2e tour en 2016 avec le Sheriff Tiraspol, Moldavie) a contribué à polir des joueurs de qualité (Kylian Mbappé, Yannick Ferreira Carrasco, Abdou Diallo…) lorsqu’il entraînait la réserve monégasque. Il n’a donc pas peur de faire jouer des jeunes. Ainsi, la moyenne d’âge de l’effectif palois était cette année de 24 ans seulement.

Si le club était deuxième meilleure défense du championnat (20 buts encaissés en 25 matchs) grâce notamment au revanchard portier Alexis Guendouz (24 ans, prêté par Saint-Etienne, son club formateur, où il n’a jamais eu sa chance), c’est aussi son potentiel offensif qui a impressionné. Avec 43 buts dans un championnat réputé comme fermé, Pau s’est adjugé le titre honorifique de meilleure attaque du championnat. Surtout, on a senti que le danger pouvait venir de partout à commencer par l’ailier droit sénégalais Lamine Gueye (22 ans, 14 buts et 7 passes décisives) qui a bluffé les observateurs pour sa première saison dans l’hexagone. Son entente avec son compatriote Cheikh Tidiane Sabaly (21 ans, prêté par Metz, 10 buts et 6 passes décisives) a fait des merveilles quand le rôle d’avant-centre était partagé entre Idrissa Ba (4 buts et 7 passes décisives) et le gambien Yankuba Jarju (5 buts et 2 passes décisives). On remarque un fort contingent sénégalais (4 au total) au sein de la section paloise. Comment l’expliquer ? La réponse, toute simple, est donnée par le président Bernard Laporte-Fray. « J’ai vécu deux ans et demi au Sénégal où je possède un pied-à-terre, et j’y retourne plusieurs fois par an », a expliqué le dirigeant dans les colonnes de France Football.
À partir de là, Pau s’est rapproché de Générations Foot et de son club partenaire, le FC Metz qui lui prête de nombreux jeunes talents mais ayant encore besoin de s’aguerrir avant de jouer dans l’élite. Un partenariat gagnant pour les deux clubs qui permet à Pau d’envisager l’avenir avec sérénité malgré des moyens limités (sur les 15 clubs ayant déclarés leur budget, Pau était le deuxième plus petit avec Avranches). Si Bruno Irles a annoncé à la surprise générale son départ après cette saison historique (il vient de signer à Quevilly-Rouen et restera donc en National), on surveillera avec attention la performance paloise en Ligue 2 l’année prochaine.

Dunkerque : le petit nouveau du Nord

3 (USL Dunkerque)

Et un club du Nord de plus à venir dans le monde professionnel. Talonnée jusqu’au bout par son voisin et grand rival boulonnais (47 pts contre 46), l’Union Sportive du Littoral de Dunkerque n’a pas faibli pour retrouver la Ligue 2, 24 ans après sa dernière apparition. Une ténacité qui pique, le club étant depuis sa remontée en National en 2013 plusieurs fois proche de la montée (notamment lors de sa première saison où le promu avait obtenu une magnifique 5e place). Ces deux dernières années, l’équipe était cependant plus proche du ventre mou que de la montée (respectivement 9e puis 11e), si bien qu’on ne s’attendait pas à une si brillante deuxième place cette année. Mais cela ne fut pas de tout repos pour les dunkerquois car après un début de championnat parfait marqué par 5 victoires lors des 5 premières journées, le club a connu une légère baisse de régime. La perte de leur prometteur latéral droit Yvann Maçon (21 ans) parti rejoindre Saint-Étienne lors du mercato hivernal aurait pu les anéantir. Mais Dunkerque s’est accroché à son rêve et le voilà récompensé aujourd’hui.
C’est grâce à une attaque performante mêlant jeunesse et expérience que le club s’est retrouvé ici aujourd’hui. Le jeune Mohamed Bayo (21 ans, prêté par Clermont) a impressionné pour ses débuts dans ce championnat. Barré l’année derrière en Auvergne par Florian Ayé, les qualités du grand avant-centre (1,88 m) ont enfin éclaté au grand jour au sein du collectif dunkerquois, 12 buts et 5 passes décisives en 24 matchs. Il était accompagné par l’ailier droit Guillaume Bosca (30 ans, 11 buts et 5 passes décisives) et le fidèle milieu offensif Dimitri Boudaud (33 ans, au club depuis 2010, 9 buts et 4 passes décisives). Des joueurs expérimentés donc mais n’ayant jamais évolué dans les divisions supérieures. Cette connaissance du milieu professionnel a été apportée par l’inusable Ludovic Gamboa (34 ans), dont le contrat n’a pas été prolongé. Rompu à la Ligue 2 (170 matchs de Ligue 2 avec Reims, Laval, Angers, Le Havre), le milieu gauche aura été l’un des hommes importants de cette montée. Même lorsqu’il ne pouvait jouer (seulement 642 minutes de championnat cette saison), le francilien aura joué son rôle de meneur d’hommes à fond. Un atout non-négligeable dans la quête de la montée qui n’aura pu être fêtée comme elle se doit.

L’entraîneur de cette remontée Claude Robin (59 ans) a aussi joué un rôle clé. L’ancien troyen qui avait repris le club en 2018 lorsqu’il était en difficulté n’a pas été conservé. Il est remplacé par Fabien Mercadal (48 ans), de retour à Dunkerque (déjà entraîneur de 2012 à 2016) après des expériences compliquées à Caen et au Cercle Bruges (D1 belge) en début de saison. Mais que les supporters se rassurent car il avait réalisé une belle saison en Ligue 2 au Paris FC (8e, 2017-2018) avant son passage en Normandie et c’est bien cette division que les dunkerquois vont retrouver. Avant même le début de la saison prochaine, les voyants sont déjà au vert avec la signature du franco-laotien Billy Ketkeophomphone (30 ans), titulaire en Ligue 1 à Angers il y a encore 4 ans avant qu’une grave blessure ne freine sa carrière (rupture des ligaments croisés en 2016).
Après un court passage réussi en National à Cholet (12 buts en 5 matchs), il a choisi le projet dunkerquois au nez et à la barbe de Grenoble, pourtant solidement ancré en Ligue 2 et qui le convoitait aussi. Une belle preuve de l’attractivité du club qui pourrait venir jouer les trouble-fêtes l’année prochaine, on se régale d’avance du derby contre Valenciennes. L’ambiance devrait être au rendez-vous et Dunkerque devrait aussi pouvoir compter sur ses supporters, certains Anglais. Car oui, de l’autre côté de la Manche aussi, on s’est aussi attaché à ce club familial aux antipodes des abonnements hors de prix de la Premier League (voir le beau reportage de So Foot n°169 de septembre 2019). Vivement l’année prochaine !

Avranches : doucement mais sûrement

4 (Les Titis du PSG)

L’hésitation a été longue entre Avranches et Villefranche Beaujolais, qui a réalisé une très belle saison pour un promu (7e, un point derrière Avranches mais avec un match en plus). Cependant, le budget du promu est supérieur à celui des avranchais (2,2 millions contre 1,8). Avranches, pensionnaire du championnat depuis 2014, nous a surpris. Pourtant, si l’on regarde les dernières saisons de plus près, on remarque que les normands sont des habitués du haut du tableau. Depuis sa montée en 2014, le club s’est toujours trouvé entre la 5e et la 10e place. Et lors de son pire classement (2016-2017), il s’était offert un parcours d’anthologie en Coupe de France achevé contre le Paris Saint-Germain en quarts de finale (0-4). Finalement, la place de cette année paraît être une progression logique si l’on regarde les dernières saisons des avranchais. Mais comment un tel classement est-il possible compte tenu de leur faible budget ?
La réponse tient sans doute dans la diversité de l’effectif avec des joueurs ayant parfois connu le très haut niveau. Une très grande partie du collectif avranchais a déjà évolué dans les divisions supérieures, chose assez rare en National pour être soulignée. Petit budget oblige, le club mise souvent beaucoup sur les prêts de jeunes issus du vivier professionnel. Cette année, c’est l’allier gauche Michaël Nilor (22 ans, 8 buts) prêté par les Girondins de Bordeaux qui a réussi à se distinguer dans un secteur où Avranches était en relative difficulté (30 buts en 24 matchs). Il y aussi eu Séga Coulibaly (23 ans, prêté par Nancy) : le solide défenseur central était de retour dans un club qu’il connait bien (déjà prêté lors de la saison 2017-2018 alors qu’il appartenait à Rennes). Des joueurs barrés dans leur club d’origine ont quant à eux aspiré à changer définitivement d’air, à l’image de l’ex-milieu droit brestois Pierre Magnon. On ajoutera à cela l’expérience du ghanéen Charles Boateng (30 ans), au club depuis 2011, qui a participé à la coupe du monde U17 en 2005 et a connu la Ligue 2 avec Dijon il y a une dizaine d’années. Cette année, il a pris une nouvelle dimension, étant le véritable dépositaire du jeu normand avec 6 buts et 2 passes décisives. Des statistiques très intéressantes surtout pour un milieu défensif d’origine. Mais Avranches compte aussi de nombreux autres joueurs plus jeunes mais pourtant non dépourvus d’expérience, certains ayant côtoyé le très haut-niveau.

Ainsi, beaucoup d’anciens espoirs parisiens s’éclatent aujourd’hui au sein du collectif avranchais. Tout d’abord, le milieu défensif Lorenzo Callegari (22 ans), qui a signé au club pour retrouver de la confiance en début de saison alors qu’il était convoité par Sochaux. En 2016, il avait participé aux victoires parisiennes contre le Real Madrid et l’Inter de Milan lors de l’International Champions Cup. À 18 ans, un avenir radieux s’offrait à lui. Mais après une expérience ratée dans le pays de ses parents, l’Italie (Genoa en Série A puis Ternana en Série C), il cherche à retrouver le plaisir de jouer avant toute chose. Son ancien compère parisien, l’arrière-droit Alec Georgen (21 ans), partage la même vision des choses, lui dont les blessures à répétition sont venues freiner sa prometteuse carrière. « Ici, il y a une super ambiance, on est une bande de potes dans le vestiaire, on a très bien démarré la saison. C’est un club plus familial par rapport au PSG. Je m’y plais beaucoup » avait déclaré le néo-normand lors de sa présentation.
On pourrait aussi citer le gardien titulaire Anthony Beuve, le défenseur central Steven Séance, le milieu offensif Hicham M’Laab (qui a aussi un peu évolué en Ligue 1 avec le FC Nantes) et l’avant-centre Samuel Essende qui sont tous passé par le centre de formation de la capitale. Les « titis » parisiens ne manquent donc pas et leurs espoirs déçus de réussir à conquérir le Parc de Princes (où il n’est pas facile de trouver sa place au sein d’un effectif pléthorique et de grande qualité) sont aujourd’hui compensés par la complicité qui les lie au sein du jeu avranchais.

Un collectif huilé avec des joueurs qui se connaissent bien et qui pourrait faire encore plus de dégâts l’année prochaine. Il faudra pour cela pallier la perte de l’arrière-droit Bradley Danger qui a cédé aux sirènes de la Ligue 2 (Chambly) après une saison aboutie. Mais la présence de l’ailier droit Alexis Busin après une période compliquée est déjà représentatif des ambitions du club. À 24 ans, l’ex-nancéien a déjà une solide expérience de la Ligue 2 (68 matchs) et a déjà marqué en Ligue 1 (à 19 ans seulement). Arrivé courant hiver, il n’a pas encore eu le temps de s’exprimer.
Cela devrait être un atout important l’année prochaine et on souhaite aux normands de connaitre le même destin que les deux clubs précédemment cités. À condition que l’aide financière (dont devraient bénéficier les clubs de National en ce contexte particulier) promise par la Fédération arrive rapidement, au risque d’achever prématurément les belles ambitions sportives du club…

Crédits photos : La République des Pyrénées, La Voix du Nord, Foot Normand, France 3 Nouvelle-Aquitaine, USL Dunkerque et Les Titis du PSG

 

Mathias de Vernejoul – 20 juin

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